L'histoire millénaire de la vigne dans le Vexin : un patrimoine oublié… puis réveillé

Le Vexin français, à cheval entre le Val-d’Oise et les Yvelines, se distingue comme une terre de vignobles depuis l’époque gallo-romaine. Les archives du Moyen Âge témoignent du rôle crucial de la vigne autour de Pontoise, Auvers-sur-Oise et Magny-en-Vexin, berceaux historiques de la viticulture locale (sources : Société Historique du Vexin, INRA). Mais entre les ravages du phylloxéra à la fin du XIXe siècle et l’urbanisation grandissante autour de Paris, le vignoble du Vexin a frôlé l’extinction. Malgré tout, certaines exploitations, vignes familiales et initiatives locales ont su préserver un savoir-faire, redonnant toute leur place à ces parcelles aujourd’hui reconnues.

Les vignes ancestrales du Vexin : recensement et repères historiques

Plusieurs vignobles et sites méritent d’être distingués pour leur ancienneté et leur activité continue ou renaissante. Les plus notables se concentrent dans trois secteurs : Pontoise et l’Île d’Aval, Auvers-sur-Oise et son patrimoine impressionniste, Magny-en-Vexin et ses abbayes. Voici un aperçu des principaux vignobles actifs et de leur histoire.

1. Pontoise – Le Clos Saint-Martin : la tradition sauvée par des passionnés

  • Origine : La culture de la vigne à Pontoise est attestée depuis le IXe siècle. Le Clos Saint-Martin, dont on retrouve la trace dès 887 (sources : Archives départementales du Val-d’Oise), faisait partie d’un vaste patrimoine viticole, exploité à l’origine par des ordres religieux, notamment ceux de la cathédrale Saint-Maclou.
  • Renouveau : Tomber en désuétude à la fin du XIXe siècle, le vignoble est replanté en 1993. C’est une association locale, Les Amis du Clos Saint-Martin, qui assure avec une centaine de bénévoles la taille, les vendanges, et la vinification sur près de 1000 m² (environ 600 pieds).
  • Cépages et productions : Exclusivement du Chardonnay. La production annuelle varie selon les millésimes, oscillant entre 300 et 500 bouteilles (source : La Gazette du Vexin).
  • Particularité : Le vin blanc qui en résulte est réservé aux évènements municipaux.

2. Auvers-sur-Oise – Les vignes de la Côte du Montcel : témoin vivant de l’époque impressionniste

  • Origine : L’histoire viticole d’Auvers-sur-Oise remonte au XIIe siècle. Son vignoble, reconnu à la cour de France, couvrait encore 300 hectares en 1780 (source : Archives municipales d’Auvers-sur-Oise).
  • Renouveau : Après une quasi-disparition, la vigne de la Côte du Montcel renaît en 1989, sous l’impulsion de l’association du Clos d’Auvers. La parcelle actuelle comprend 438 pieds de Pinot noir et de Chardonnay sur près de 2000 m².
  • Cépages et productions : Production modeste de vin blanc et de rosé, parfois complétée par un jeune vin rouge (source : L’Agence Touristique d’Auvers-sur-Oise).
  • Anecdote : C’est à quelques pas de là que Van Gogh a peint ses célèbres paysages de "champs près d’Auvers".

3. Magny-en-Vexin – Le Clos Sainte-Radegonde : l’héritage monastique

  • Origine : Les premiers moines de Magny cultivent la vigne autour de l’ancienne abbaye dès le Xe siècle. Le site actuel du Clos Sainte-Radegonde, adossé à l’ancienne enceinte, perpétue cet héritage.
  • Renouveau : Plantée en 1996, la vigne rassemble plus de 600 pieds, conduite en association.
  • Cépages : Majoritairement du Chardonnay.
  • Fait marquant : La production de vin à Magny a perduré jusqu’à l’entre-deux-guerres, avant de renaître récemment grâce à la dynamique associative.

4. Vétheuil – La vigne sur la falaise : le panache paysager

  • Origine : Si la documentation sur les vignobles de Vétheuil remonte au Moyen Âge, la replantation la plus emblématique date de 1999 sous l’impulsion du Groupement Viticole de Vétheuil.
  • Cépages : Principalement du Pinot noir et du Chardonnay.
  • Fait remarquable : La vigne est plantée sur les falaises crayeuses dominant la Seine, offrant un panorama unique et une maturation très particulière des raisins, ce qui confère aux crus une structure fraîche et tendue appréciée localement.

L’empreinte du passé : anecdotes, crises et renouveau

Au fil des siècles, la vigne du Vexin a connu des fortunes diverses. À la fin du XVIIIe siècle, le Vexin rassemblait plus de 2000 hectares de vignes, principalement à proximité des centres urbains et religieux (source : Direction des Archives de Paris). Produit alors longuement, le vin du Vexin, souvent appelé "petit vin" ou "vin gris", était largement consommé à Paris – parfois au mépris de la qualité, tant l’afflux était important pour étancher la soif des faubourgs.

Le phylloxéra aura un effet dévastateur, éradiquant des milliers d’hectares entre 1875 et 1900 ; le Foyer rural de Vigny évoque ainsi "une hécatombe silencieuse". Seules quelques familles, associations, ou institutions religieuses sauvegardèrent quelques ares par conviction ou attachement au terroir.

La seconde moitié du XXe siècle a vu reparaître la vigne, portée par l’élan de sauvegarde du patrimoine local (loi de 1976 sur la protection des paysages ruraux). Cette dynamique s’exprime aujourd’hui à travers plus d’une dizaine de sites labellisés dans le Vexin français, souvent à l’échelle associative ou municipale, avec une production confidentielle (souvent moins de 1000 bouteilles par an par site, selon la Fédération des Vignerons d’Île-de-France).

Géographie, cépages et caractéristiques du vignoble ancien

  • Terroirs : Les coteaux calcaires, typiques du Vexin, favorisent la maturation lente des raisins. L’exposition sud-est de certaines parcelles, notamment à Vétheuil et Pontoise, leur confère une microclimat propice à la vinification de blancs vifs et structurés.
  • Cépages historiques : Le Chardonnay et le Pinot noir prédominent aujourd’hui, mais l’on cultivait autrefois du Gamay, du Sauvignon, du Morillon ou encore du Franc Noir (source : Office National Interprofessionnel des Vins).
  • Technique : Beaucoup de ces domaines pratiquent la culture raisonnée ou biologique, en conservant les gestes traditionnels (tailles en gobelet, vendanges manuelles).
Vignoble Année d'origine Année de replantation Surface (approx.) Cépages principaux
Clos Saint-Martin (Pontoise) IXe siècle 1993 0,10 ha Chardonnay
Côte du Montcel (Auvers-sur-Oise) XIIe siècle 1989 0,20 ha Pinot noir, Chardonnay
Clos Sainte-Radegonde (Magny) Xe siècle 1996 0,15 ha Chardonnay
Vigne de Vétheuil Moyen Âge 1999 0,12 ha Pinot noir, Chardonnay

Où découvrir et déguster ces trésors ?

Ces vignobles, bien que discrets, ouvrent ponctuellement leurs portes lors de vendanges ou de fêtes locales :

  • Pontoise : La Fête de la Saint-Martin(site officiel de la Ville de Pontoise)
  • Auvers-sur-Oise : Viticulture et patrimoine lors des journées du patrimoine et visites guidées du Clos d’Auvers
  • Magny-en-Vexin : Dégustations organisées par la mairie, sur réservation
  • Vétheuil : Participation du Groupement Viticole au Salon des Saveurs du Vexin chaque automne

Perspectives pour les vignobles historiques du Vexin

Loin du tumulte des grandes appellations, les vignobles anciens du Vexin offrent un modèle rare : une agriculture de sauvegarde, attentive à la biodiversité locale et à la transmission d’un patrimoine vivant. Ils participent à la redynamisation des villages, à l’éducation du goût et à la création de micro-événements fédérateurs. Leur renaissance depuis trente ans prouve que la passion, l’engagement associatif et l’amour du terroir peuvent écrire un nouveau chapitre, empreint d’authenticité, pour cette vigne presque oubliée qui veille sur le pays du Vexin.

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